La Confédération Paysanne offre une tribune en Ariège à Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture
C’est la troisième fois cette année que le ministre de l’Agriculture répond à l’invitation de ce syndicat et c’est à l’occasion du colloque organisé à Ax les Thermes sur l’agriculture paysanne de montagne que Stéphane Le Foll a pris la parole ce vendredi devant plus de 250 personnes.
Des paysans venus de tous les massifs montagneux français et même européens avec des Autrichiens, des Espagnols de Galice ou de Catalogne, mais aussi de nombreux jeunes, des pâtres, des éleveurs, des apiculteurs ou des maraichers venus échanger pendant deux jours sur leur expérience et les sujets d’actualité tels que: le traitement de l’agriculture de montagne par les politiques publiques, la nouvelle PAC ou la révision de la loi Montagne.
Des échanges fructueux auxquels les universitaires ont été associés et des témoignages souvent émouvants de paysans et d’éleveurs victimes de prédations.
La Confédération attendait des annonces significatives… elles ne sont pas venues
À la tribune Laurent Pinatel, éleveur bovin bio, secrétaire national de la Confédération Paysanne s’est fait le rapporteur de ces deux journées de débats et des préoccupations des agriculteurs parmi lesquelles la nouvelle PAC qui augmente la disparité des aides publiques et complexifie les nouvelles règles d’éligibilité aux indemnités compensatoires.
«Il faut trouver une solution, car on n’est plus dans la pédagogie, mais dans le contrôle accompagné de sanctions qui pénalisent des agriculteurs qui entretiennent l’espace (…)
Malgré un transfert des aides vers l’élevage et les zones de montagne, ce sont les fermes les plus petites et moyennes qui vont perdre le plus de soutien, pendant que les plus grosses vont bénéficier de véritables situations de rente (…)
Être paysan, c’est aussi faire face aux prédations, c’est intenable nous demandons une régulation des individus et une vrai politique de montagne avec un accès au foncier, faire de l’agriculture le pivot central de la nouvelle loi Montagne (...)
Votre présence ici est importante, nous voulons des avancées politiques fortes sur les prédateurs, des contrôles blancs sans pénalité sur les visites rapides permettant de mieux caler les choses pour 2016, associer la Confédération Paysanne à l’acte 2 de la loi Montagne…
Je suis convaincu qu’aujourd’hui c’est le point de départ de quelque chose».
Pour le ministre de l’Agriculture, il est des mutations qu’il faut anticiper (tant au niveau économique, environnemental et social) et des avancées qu’il faut souligner.
La politique agricole en faveur de l’agriculture est construite autour d’une logique de compensation-protection. Si la notion de handicap est importante, celle d’opportunité l’est tout autant.
«La compensation du handicap de zone de montagne représente 1,2 milliard d’euros pour l’ICHN* (...)
Le choix qui a été fait est traduit concrètement par des moyens. À cause de la politique menée précédemment en matière agricole, nous avons dû faire des avances sur le budget de l’État pour ne pas pénaliser les aides distribuées aux agriculteurs. Nous l’assumons.
De son côté l’Europe a imposé une révision sur l’éligibilité des surfaces (à partir d’un référentiel photo), on parle de surfaces proratisées qui repose sur un gros travail de cartographie pour justifier auprès des Danois ou des Néerlandais qui n’ont pas la même agriculture que la nôtre, qu’il y a sous les arbres des zones utiles à développer pour l’élevage en montagne (c’est le cas par exemple des prairies permanentes, des bois pâturés)…
Pour répondre aux exigences de Bruxelles, la France doit mettre en place des visites rapides dans les exploitations où la surface déclarée par les agriculteurs est plus élevée que la surface indiquée par l’IGN. On ne peut pas s’y soustraire, car demander une année blanche ferait perdre de l’argent aux agriculteurs français.
Par contre il faut donner tous les moyens pour aider les paysans à faire ces déclarations et pour qu’ils touchent ces aides indispensables pour les surfaces productives. Les chambres d’agriculture doivent assurer la réussite de cette mise en œuvre. Il en va de l’installation des jeunes».
Revenant sur le débat de la prime vache allaitante (la Confédération demandait un plafond à partir de 3 vaches), «vous comprenez bien qu’avec 552 M€ sur 4 millions de vaches j’ai du procéder à quelques arbitrages, mais la dégressivité du plafond a été faite…
Compte tenu du budget j’ai fait des choix et je les assume! Les choses avancent même si elles ne vont pas assez vite».
Concernant les prédateurs et la position de la Confédération qui demande de déclasser l’ours et le loup de la Directive Européenne Habitat, c’est Éric Andrieu, député européen qui a pris la parole: «Nous avons usé de toutes les stratégies. Il faut travailler avec les parlementaires en dynamique… nous continuons afin d’arriver à constituer un groupe de pression au sein du parlement permettant de faire bouger les lignes».
Quant à l’acte 2 de la loi Montagne, Frédérique Massat, ancienne présidente de l’ANEM (association nationale des élus de montagne) a assuré que l’agriculture constitue un des piliers de cette nouvelle mouture.
«La montagne est un territoire avec des opportunités de développement économique qu’il faut soutenir, encourager, aider à s’organiser en filière. Elle est un atout, c’est en tout cas ce que nous défendons, mais cela dépend des résultats que nous obtiendrons aux prochaines élections régionales».
Des propos qui ont provoqué quelques remous dans l’assistance. À la sortie de la salle un paysan de la Conf 81 a remis au ministre de l’Agriculture une pétition de 4 000 signatures contre les pénalités des visites rapides sur les exploitations.
«Les éleveurs de piémont et de montagne auraient dû être les grands gagnants de la réforme de la Politique Agricole Commune (PAC). Pourtant, à la suite d’un contentieux entre la Commission Européenne et la France, ceux qui utilisent des surfaces fourragères peu productives (landes, parcours, bois pâturés) ont vu leur surface primable diminuer en 2015.
Maintenant, l’Europe et la France leur imposent des contrôles systématiques, qui entraineront des pénalités, pouvant aller jusqu’à la perte totale des droits à prime pour l’année en cours. Cette pétition est en ligne sur Cyberacteur jusqu’au 1er décembre. Nous attendons 10 000 signatures» explique l’agriculteur tarnais.
Stéphane Le Foll avait répondu à l’invitation de la Confédération Paysanne mais aussi à celle, récente, du syndicat majoritaire, la FDSEA et au président de la chambre d’agriculture en s’arrêtant sur le chemin du retour sur l’exploitation laitière de Jean-Luc Lebreton à Verniolle.
*ICHN: indemnité compensatoire de handicap naturel
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