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Retour de l'ours en Haute-Ariège: prédation de 22 brebis en vallée de Soulcem

© midinews 2015

Cédric Bernadac et Jean-François Denjean, tous deux éleveurs dans la vallée mènent tous les ans près de 900 brebis sur les estives du groupement pastoral du Montcalm, une estive à 2000 m d’altitude.

Dans la nuit de mercredi à jeudi alors que les deux éleveurs occupaient la cabane de Bouet, ils ont été réveillés par l’agitation anormale des bêtes et les aboiements de leurs chiens affolés. Jeudi malgré la brume, ils ont découvert un agneau ayant subi une prédation et les brebis regroupées par paquet à plus basse altitude.

Le lendemain quand la météo a permis aux éleveurs d’accéder aux estives, près de deux cents vautours, des rapaces nécrophages qui nettoient la montagne, planaient au-dessus de la combe de Bouet. Ils ont vite compris ce qui s’était passé au cours de la nuit précédente: le dérochement de plus d’une vingtaine de brebis.

«C’est le retour de l’ours en pays d’Auzat, annonce tel un oracle Joseph Bernadac, président du groupement pastoral du Montcalm qui depuis 15 ans, date de la création du GP n’avait connu tel carnage.

«Nos amis espagnols nous avaient avertis que l’ours, plutôt les ours étaient dans les parages. Côté espagnol ils ont signalé une ourse avec trois petits, circulant entre le Port de l’Artigue et celui de Bouet. Il y a une poignée de kilomètres entre nous et la frontière que les animaux traversent au gré de leurs pérégrinations.

Il y a 15 ans que je suis à Auzat et nous n’avons jamais rien eu de tel. L’an passé il manquait des brebis mais pas de preuve de prédation. Tandis qu’aujourd’hui on nous signale la présence de l’ours à quelques encablures en Espagne et la nuit d’après il y a cet incident et ce dérochement, c’est plutôt curieux
».

Le président du GP du Montcalm reproche l’opacité du suivi ours côté français et le manque d’information en cas de présence de l’animal sur le territoire.

Ce lundi matin, les éleveurs sont montés avec les experts des services de l’Etat (DDT et ONCFS) accompagné par Rémi Denjean de la Chambre d’Agriculture. La combe de Bouet est située entre les étangs de Médécourbe et de Soucarrane.

Les bêtes ont déroché à 2000 m d’altitude et ont dévalé sur plusieurs centaines de mètres dans les couloirs d’éboulis sur une pente escarpée jusqu’au torrent. De part et d’autre les carcasses enchevêtrées de plusieurs dizaines de brebis en partie dévorées par les vautours dans une odeur pestilentielle. Le tout dans un paysage de carte postale.

Au retour sur la montagne à vache, sur l’estive du Labinas à 1700, les éleveurs se retrouvent entre eux la mine défaite par ce qu’ils ont vu là-haut. Car au-delà des problèmes économiques que peut engendrer la perte de 22 brebis c’est une vie, une passion ou la passion d’une vie qui est mise à mal.

«On savait par nos voisins espagnols que l’ours rodait au col de Seillante, à présent que le garde à manger est ouvert il va se servir» souligne avec ironie Jean-François qui a été obligé d’euthanasier une brebis. «En Espagne le suivi de l’ours est effectif, poursuit Cédric.

Ici c’est l’omerta il faut être impacté pour savoir qu’il est là. Là-bas les troupeaux sont gardés. Ce sont des éleveurs Bio qui ont entre 150 à 200 brebis. Ils les rentrent tous les soir au filet pour éviter tout problème».

Les experts ont fait leur travail. Ils ont constaté une prédation mais par quoi?

«Ils ont relevé des poils, et des traces de crocs, indique le jeune éleveur… l’expertise est partie à la DDT. Ils vont le pendre au bénéfice du doute. Le dossier passera en commission cet automne, au pire en décembre… mais ce n’est pas ce qu’on demande.

Nos troupeaux sont surveillés, nous respectons toutes les consignes et malgré cela les bêtes effrayées se jettent dans le vide… aucune indemnité ne peut compenser cela
».

Il en faut peu pour re-enflammer la montagne. Et si la prédation de Bouet devait raviver le débat sur le dossier ours ? L’avenir nous le dira.

Laurence Cabrol | 13/07/2015 - 18:27 | Lu: 54823 fois