Loi de transition énergétique: «nous ne laisserons pas brader les barrages hydroélectriques ariégeois!»
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Ils étaient plus de 17 000 gaziers-électriciens dans les rues de Paris le 29 janvier dernier à protester contre la loi de transition énergétique qui va privatiser des concessions hydrauliques. Plusieurs milliers de manifestants pour dénoncer «la casse du service public à travers ce projet idéologique» à l’appel des fédérations CGT et FO de l’énergie.
Hier soir c’est à l’invitation du comité d’établissement EDF unité de production sud-Ouest, qu’un débat public était organisé à Tarascon sur Ariège.
Pour Jean Damien Navarro, secrétaire général CGT Énergie ce projet de loi actuellement examiné au Sénat c’est l’arbre qui cache la forêt avec des retombées directes sur les usagers, notamment une augmentation mécanique de 30 % de la facture énergétique.
Privatiser «ce qui marche», à commencer par les concessions hydrauliques, c’est «un scandale d’autant que ces aménagements sont amortis»
«L’objectif du gouvernement c’est de trouver de l’argent lui permettant d’effacer la dette et il n’a rien trouvé de mieux que brader le patrimoine public (environ un quart du parc actuel) pour des banques, des fonds de pension, des groupes industriels ou des géants du BTP»
Les motivations du gouvernement sont fortement dictées par la communauté européenne (accords de Barcelone de 2000) qui veut une ouverture à la concurrence des marchés de la production et de la fourniture d’électricité.
«L’État ne veut pas ouvrir à la concurrence les productions d’électricité d’origine nucléaire, mais pour jouer le bon élève à la veille du sommet mondial sur le climat (prévue à Paris en décembre prochain) il se rabat sur l’ouverture la concurrence des concessions hydroélectriques.
Paradoxalement il se trouve aussi que c’est l’électricité la moins chère que l’on produit».
Des agents vent debout contre le projet de loi de transition énergétique examiné actuellement au Sénat
Les agents de cette branche dénoncent cette loi. Elle conduirait selon eux à l’entrée d’acteurs du marché financier (Français, Européens, mais aussi extra communautaires) dans l’hydroélectricité «les gros aménagements sont intéressants pour des investisseurs étrangers...
On voit même apparaître des consortiums exotiques prêts à tout pour décrocher la mise» poursuit l’énergéticien pour qui brader ce patrimoine va l’encontre des préoccupations de développement durable (il s’agit d’une énergie propre qui ne produite pas de CO2).
«Il n’y aura aucun nouveau projet, pire encore aucun investissement pour mainteneur en l’état ces installations».
Des élus bien peu mobilisés dans ce débat
C’est en tout cas l’opinion de la plupart des responsables de la centrale syndicale qui avait lancé les invitations pour ce grand débat public ce jeudi à Tarascon.
Seuls les maires de Les Cabannes, Tarascon, Montoulieu ou Montgailhard étaient présents dans la salle du centre culturel.
«Cette loi dérange et c’est dommage, avoue Benoît Alvarez qui au-delà de sa stature d’élu a également passé trente ans dans l’hydroélectricité.
Une commission s’était mise en place au mois d’octobre 2013, elle avait donné des orientations différentes avec la création d’un pôle public d’hydroélectricité en cohérence avec les directives européennes, sur le modèle de ce qui avait été fait en 2001 pour le gaz avec un régime d’autorisation (le maintien d’un prix suffisamment bas pour les consommateurs).
Ce régime d’autorisation permettait pour l’hydraulique de régler le calendrier des échéances des contrats de concessions avec la possibilité d’associer directement les collectivités à la gestion directe de l’eau»
Autre point essentiel de cette commission, le financement des missions d’intérêt général défini en concertation avec les collectivités qui seraient parties prenantes sur ce pôle.
«Dans cet objectif, il y avait également des perspectives plus claires pour les salariés, poursuit l’élu.
Au niveau du capital, le maintien de la présence de l’ancien concessionnaire qui aurait pu faciliter les passerelles entre les deux identités (EDF et collectivités) tout en garantissant l’évolution de carrière des agents». Benoît Alvarez comprend que les parlementaires soient un peu gênés, car ils ont pour la plupart travaillé dans cette commission alors qu’ils viennent de voter la loi de transition énergétique, somme toute très éloigné de cet esprit.
«C’est un sujet qui a longtemps été passé sous silence et à présent ils mettent en avant les contraintes européennes… c’est un peu facile, en tout cas c’est au détriment de l’intérêt général et c’est pour cela qu’il faut défendre ce dossier.
C’est dommage, car nous avons un des plus beaux parcs hydrauliques au monde». Selon lui certains pays comme l’Allemagne ou l’Espagne ont déjà anticipé, eux n’ont pas besoin d’ouvrir leur capital aux étrangers, mais s’il y a une ouverture du marché français ils pourront par contre se positionner.
«Ce serait dommage pour nous ariégeois, de brader ce patrimoine. EDF fait vivre nos vallées, c’est une énergie propre qui coûte deux fois moins cher que le solaire ou l’éolien… l’hydraulique est la seule énergie que l’on peut mettre sur le réseau en cas de souci en deux minutes.
Il faut regarder l’intérêt général… ce qui me gêne le plus dans ce débat c’est qu’au final ce sont des emplois qui sont menacés. En tant qu’élu on ne peut pas le cautionner, il faut prendre en compte cette spécificité française, surtout en Ariège où l’on a des ouvrages importants».
Et le conseiller général de Foix Rural craint que ces incertitudes autour de l’avenir des barrages ne pousse EDF à repousser ou échelonner de gros investissements prévus sur les équipements ariégeois.
Un projet dangereux pour les usagers
Comme pour les concessions d’autoroute, l’expérience a montré que, lorsque le marché prend le contrôle d’un bien amorti, seuls les actionnaires sont contentés.
Et pour Jean-Damien Navarro il y a «un risque réel de hausse des tarifs, un manque d’investissement au détriment de la sécurité et de la qualité du réseau et au final il y a des destructions d’emplois».
Le marché de l’hydroélectricité sur les Pyrénées est détenu à 20 % par la SHEM (société hydroélectrique du midi) et à 80 % par EDF avec 40 M€ de budget de maintenance, soit 6 à 9 M€ en Ariège «EDF maintient un fort niveau d’investissement permettant d’exploiter les ouvrages en toute sûreté.
Nous craignons que les futurs arrivants ne soient guidés que par la rentabilité immédiate des aménagements avec de futures concessions dédiées exclusivement à leur compte».
Un débat citoyen pour informer les Ariégeois
Ce n’est pas anodin si le Secrétaire général du CE EDF Production sud-ouest débute ses réunions publiques par l’Ariège.
Une réunion publique qui n’a rien d’anodin. En effet le département de l’Ariège est particulièrement concerné par l’hydroélectricité, plusieurs centaines d’agents exploitent plusieurs grands barrages gérés par EDF (ils ont déjà entrepris des actions de sensibilisation).
«Le gouvernement essaie de faire passer cette loi en catimini avec le moins de débat possible, poursuit Jean-Damien Navarro.
C’est pour cette raison que nous organisons aujourd’hui cette réunion, nous voulons informer les usagers et les consommateurs sur les risques qu’ils encourent et les impacts qu’elle aura sur la facture d’électricité à terme, avec une hausse d’un tiers du prix et l’électricité alors que déjà 20 % des Français sont en précarité énergétique».
| Position d’Alain Duran, sénateur de l’Ariège: «on a profité de cette loi pour protéger cette spécificité française à laquelle on est attachée» Alain Duran aurait certainement participé au débat hier soir mais il a fini très tard. Retenu au Sénat pour étudier ce texte, il a cependant pris le temps de nous en parler au téléphone. Selon lui «c’est une spécificité française à laquelle tout le monde est attachée, il n’y a pas de clivage droite/gauche sur un tel sujet, c’est avant tout une richesse d’avoir de telles installations hydroélectriques et cette loi de transition énergétique, notamment dans son volet sur les barrages constitue une réelle avancée par rapport à 2010 et aux mesures que voulait prendre le gouvernement Fillion, prêt pour se mettre en conformité avec l’Europe à brader les installations. Nous avons prévu dans la loi des dispositifs qui mettent à l’abri de la crainte légitime des agents, des représentants des personnels quant au devenir de ces concessions». Pour le sénateur il ne faut pas faire aux parlementaires ariégeois des procès d’intention. Tout est public, le site de l’Assemblée Nationale et celui du Sénat rendent compte des débats avec une rigoureuse précision. «Aujourd’hui tout est mis en œuvre par ce gouvernement pour défendre les barrages et les élus de la montagne qui ont de telles installations sur leur territoire veulent conserver cette spécificité française. Pour la défendre on associe une prolongation des concessions associée aux travaux mis en œuvre par les concessionnaires et on introduit la possibilité d’associer toutes les installations d’une même vallée à travers une société d’économie mixte (SEM) qui permettrait d’introduire des minorités de blocage évitant de brader un jour ces installations. J’ai travaillé sur cet article en particulier et j’ai même co-signé un amendement avec mon collègue sénateur PS de l’Aude qui propose de mener à 99 ans la prolongation de la concession sous réserve de travaux… c’est un temps mis a profit pour mieux verrouiller encore les concessions». Alain Duran se dit prêt à participer à ce débat citoyen. |

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