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Second lâcher de bouquetins dans les montagnes ariégeoises

© midinews - FdC09

Un lâcher à Cauterets (Hautes-Pyrénées) le 19 juillet, deux lâchers dans la vallée d’Ustou en Ariège, le 29 juillet et le 13 août. Après une absence d’un siècle, c’est le grand retour du bouquetin dans les Pyrénées françaises.

Pas de grand barnum, ni de matraquage médiatique hier soir au pied du cirque de Cagateille sur le hameau de Stillom (commune d’Ustou), mais plus d’une centaine de personnes venues malgré des conditions météo épouvantables, assister avec dévotion à ce second lâcher ariégeois.

A bord du véhicule de l’entreprise madrilène Tracani spécialisée dans le transport de la faune sauvage, 11 spécimens de ces Capra pyrenaica en provenance du centre de l’Espagne. Un par boite, chargées méticuleusement par les techniciens de la Fédération de chasseurs de l’Ariège (FDC09) et de l’Office National de la Chasse et de la faune Sauvage (ONCFS), responsables du suivi, puis prises en charge par des équipes de porteurs pour franchir les torrents jusqu’au site du lâcher.

Peu avant 20 heures, ces bêtes à cornes ont été libérées de leurs entraves après un voyage de huit heures (et le stress que l’on peut imaginer), foulant enfin le sol ariégeois, elles se sont naturellement dirigées dans les bois, sous les applaudissements d’un public conquis.

Pas de bémol pour cette seconde opération orchestrée par le PNR des Pyrénées ariégeoises, promoteur de cette entreprise de réimplantation réussie.

André Rouch, président de la structure s’est réjoui de ce partenariat exemplaire, tant côté français que du côté espagnol: «Nous allons continuer à raison d’une vingtaine de bouquetins par an, pendant trois ans et peut-être plus… Il y a plus de 13 000 ans les magdaléniens dessinaient déjà des bouquetins sur les parois de la grotte de Niaux, c’est formidable de pouvoir réintroduire aujourd’hui cette espèce!

Une opération qui n’aurait pu être réalisée sans le soutien financier de l’Europe, l’Etat, la Région Midi-Pyrénées, le conseil général de l’Ariège mais aussi l’appui d’EDF
»

Le choix de ce site à plus de 1000m d’altitude n’est pas le fuit du hasard mais répond aux besoins écologiques (paysage escarpé, baigné par le soleil levant/couchant mais surtout peu perturbé par l’homme) de cette espèce protégée et cet animal emblématique vient également compléter l’extraordinaire biodiversité du territoire comme peut s’en réjouir Alain Servat, maire d’Ustou.
Après le moment fugace du lâcher viendra celui de l’observationEquipés d’un collier GPS et de marques visuelles, ces bouquetins (ils sont à présent 22 parfaitement localisables) font l’objet d’un suivi quotidien (assuré par l’ONCFS, la FDC09 et le PNR) dont le but est à la fois de s’assurer de leur survie, d’observer la manière dont ils s’approprient leur nouveau territoire mais surtout s’ils se reproduisent car tel est l’objectif de cette opération estimée à 350K€.
Un maximum de garanties sanitairesJean-Pierre Alzieu, directeur du laboratoire départemental responsable du suivi sanitaire a participé à la rédaction du cahier des charges:

«Nous avons partagé des expériences vécues sur d’autres sites et nous avons exigé un bon état sanitaire de ces spécimens: ils sont traités contre les parasites internes, externes, font l’objet de désinsectisation par rapport à certaines maladies comme la FCO et les maladies infectieuses sont dépistées par prise de sang: brucellose, tuberculose ou border-desease qui en ce moment cause chez nous beaucoup de soucis sur les populations de ruminants, notamment chez les isards. Mais le bouquetin est proche de la chèvre, il y est moins sensible»

Afin de s’entourer d’un maximum de garanties sanitaires, le cahier des charges oblige les espagnols après capture des bouquetins de réaliser des analyses (les animaux sont mis en quarantaine jusqu’à l’obtention des résultats) qui sont doublées au laboratoire en France pour en confirmer les résultats: «l’état de santé de ces animaux doit être parfaitement sain afin de ne pas interférer sur les population locales, qu’elles soient domestiques ou sauvages»

L’entreprise espagnole Tracani a pris en charge la capture et le transport des animaux. «Nous n’en sommes pas à notre première introduction mais c’est pour nous un honneur de prendre en charge le volet technique de cette introduction du bouquetin en France, dans les Pyrénées» précisent Juan Lazcano et Elena Gil de Sola.

«Ils ont été capturés dans la sierra de Madrid avec toutes les autorisations du gouvernement et après une période de quarantaine pour répondre au volet sanitaire, nous avons procédé ce matin très tôt a une seconde capture pour les transporter jusqu’ici dans les meilleures conditions»
La gestion de cette espèce protégée doit être efficiente et raisonnéeJean-Luc Fernandez a rendu hommage à Michel Sébastien, «précurseur de cette réintroduction»

Selon lui elle permet de «renouer avec l’histoire» mais au regard d’une récente et malheureuse expérience passée dans les Alpes où l’on a dû abattre le même jour 200 bouquetins (surpopulation, épidémie de brucellose) dont les cadavres ont été incinérés, le président de la fédération des chasseurs a mis en garde les services de l’Etat quant à la gestion de cette espèce dans les Pyrénées.

«Les services de l’Etat sont responsables de la gestion des espèces protégées, il faut le faire avec discernement et si nécessaire faire des prélèvements pour veiller à leur état sanitaire. J’insiste, toutes les espèces ont aujourd’hui besoin d’être gérées»

Enfin ce couserannais a évoqué en creux la problématique de l’ours: «le bouquetin méritait vraiment qu’il soit réintroduit chez nous, les gens vont pouvoir l’observer sans crainte du cirque de Gérac, se l’approprier. C’est une belle leçon qui va rapporter au territoire, aider les gens à y vivre, rapporter à la commune d’Ustou, au Couserans et à l’Ariège toute entière… Ce n’est malheureusement pas le cas avec d’autres espèces que l’on va pourtant chercher bien loin» comprenne qui pourra!

Laurence Cabrol | 14/08/2014 - 17:55 | Lu: 56740 fois