Importante mortalité des abeilles: le cri d'alarme des apiculteurs ariégeois
C’est reparti non pas comme en 14 mais comme en 2009!
Le danger ne vient plus de la plaine mais de la montagne. Depuis le début de l’hiver les apiculteurs ariégeois dénombrent plus d’un millier de ruches mortes ou très affaiblies (au total près de 3000 ruchers seraient hors service).
Un constat qui s’alourdit inexorablement tous les jours et qui s’étend sur toute la chaîne des Pyrénées. Si bien que ces professionnels ont décidé de monter un collectif pour alerter les pouvoirs publics. Ils ont tenu ce jeudi une conférence de presse pour parler de leur situation devenue très critique. Car au-delà de la résignation, ce sont des emplois, une économie à part entière et une activité qui se meurt dans la plus grande indifférence.La colère gronde dans les rangs des jeunes apiculteurs ariégeoisDans la salle des anciens, comme Bertrand Théry apiculteur en vallée de Barguillère. Il se bat depuis des années contre les OGM et leurs effets désastreux sur son activité.
Après l’épidémie de Fièvre Catarrhale Ovine qui a dévasté le département de l’Ariège en 2008, ce militant avait dénoncé l’intoxication des abeilles par les traitements insecticides rendus obligatoires dans les élevages infectés de FCO, 2500 ruches étaient mortes à l’époque, engendrant d’importants problèmes de trésorerie impactant la profession (voir notre article du 10/04/2009).
Aujourd’hui Bertrand est toujours solidaire et impliqué car il traverse la même situation que ses collègues mais ce sont les jeunes générations qui montent désormais au créneau à travers ce nouveau collectif. La relève en quelque sorte qui est prête à aller jusqu’au bout car la colère gronde dans les rangs.
Quentin Deligne en fait partie. Après avoir suivi la formation au CFPPA il s’est installé en 2011 à Varilhes après avoir réalisé d’importants investissements. Son constat est sans appel:
«Ce ne sont pas les pratiques apicoles qui sont en cause, les pertes touchent tous les apiculteurs qu’ils soient amateurs ou professionnels, que ce soient des ruches conduites en Bio ou en conventionnel.
Ce constat s’élargit aux Pyrénées Orientales, à l’Aude, au Tarn et à la Haute-Garonne (nos collègues sont présents ici pour en parler). Le seul dénominateur commun de ces pertes semble être la proximité immédiate des troupeaux, soit en été en estive, soit sur les lieux d’hivernage, soit près de bâtiments d’élevage.
Une intoxication causée par les produits de traitement des bêtes… des échantillons d’abeilles mortes ont été prélevés, des analyses sont en cours, notamment auprès du laboratoire du CNRS à Villeurbanne»Des spécialistes au chevet des ruchers ariégeoisLes abeilles sont des facteurs incontournables de la qualité de l’environnement et le dépérissement des colonies constitue un signe fort qui n’a pas échappé aux spécialistes Virginie Britten, ingénieur en agriculture à l’ADAM (association de développement de l’apiculture en Midi-Pyrénées) qui a pris la parole pour évoquer les constats réalisés sur le terrain:
«Nous avons constaté des mortalités en fond de ruche (3 à 4cm d’épaisseur) ou devant les ruches une fois que les abeilles ont évacué les mortes, et/ou des colonies très affaiblies, voire désertées. A l’exception d’un rucher, les visites de colonies n’ont pas mis en avant des problèmes sanitaires, notamment concernant la varroa. La proximité d’un environnement en zone d’élevage semble être le seul point commun»
Même si les apiculteurs restent prudents (ils attendent les résultats définitifs des analyses), les pratiques des éleveurs sont pointées du doigt dans l’intoxication des abeilles.
«Ce sont des produits de plus en plus forts qui sortent sur le marché. En principe une abeille ne meurt pas en hiver, curieusement c’est à ce moment là que les effets de ces substances ont le plus d’impact sur nos cheptels (par exemple avec la perméthrine ou le butox au moment de la FCO). Le phénomène est d’une violence extrême, il faut trouver une solution sur du long terme» indique Quentin.
De plus les faits sont convergeant sur les autres espèces sauvages, dans la salle un naturaliste témoigne de la disparition de certaines espèces sauvages de papillons, lui est plus directif, il met ouvertement en cause l’utilisation de certains produits sur le bétail et l’abeille ne serait que la partie immergée de l’iceberg.
Pour Bertrand qui se félicite de la présence dans la salle de Sébastien Vion de la Confédération paysanne ou de François Calvet, conseiller régional EELV, «il faut mener le combat en relation avec les syndicats et le monde politique pour lui donner davantage de relief»
Tous s’accordent à dire que l’activité apicole est encore trop méconnue et pas assez considérée: «il est difficile d’avoir une écoute de nos chambres consulaires, on n’est pas pris au sérieux et quand on parle d’anéantissement de notre outil de travail, de vies détruites on nous répond qu’il y a le RSA. Vous comprenez bien que l’on ne peut se satisfaire de telles réponses. Oui nous sommes en colère, une colère contenue mais jusqu’à quand?»
Les abeilles assurent à 80% la pollinisation des espèces végétales, leur butinage est donc indispensable pour la biodiversité et la reproduction d’une multitude de fruits, légumes et plantes.
De fait, leur rôle économique est indéniable: 35% de la production mondiale de nourriture et 10% du chiffre d’affaires de l’agriculture mondiale dépend d’elles.
Albert Einstein aurait même dit un jour: «si l'abeille venait à disparaître de la surface du globe, l'homme n'aurait plus que quatre années à vivre»... à méditer.
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