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Ours: après la battue d'effarouchement, les éleveurs toujours dans l'attente d'une «solution efficace»

© midinews 2013

Les éleveurs du Couserans ont organisé le samedi 27 juillet une battue d’effarouchement pour éloigner l’ours de leurs estives.

Coup de chaud sur les estives cet été
Il est vrai que cette partie là du département de l’Ariège tient le triste record de présence urcine dans le massif des Pyrénées (entre 20 et 25 selon les estimations) mais sans revenir sur 1996 et la genèse de cette réintroduction d’ours slovènes, sans rentrer non plus dans les arguments des anti et pro-ours qui se déchirent depuis cette époque, force est de constater que les éleveurs de Saint Lary, du Biros et du Haut-Couserans (Seix, Couflens) sont arrivés au bout du rouleau.

«Cette année nous avons monté les bêtes avec un mois de retard à cause des intempéries mais pour autant nous enregistrons le même nombre de prédations que la saison dernière» indique Joël Estaque, éleveur ovin à Saint Lary qui a déjà subi plusieurs prédations sur les estives de Larech.

Selon la fédération pastorale, sur la perte de 150 bêtes, 80 seraient imputables à l’ours à ce jour. Un chiffre qui devrait évoluer sachant que le pic des prédations a lieu en septembre-octobre et que les dossiers sont traités plus tardivement par la CIDO (Commission d'Indemnisation des Dégâts d'Ours).

Situation économiquement intenable
Dans la profession, certains ont baissé les bras et décidé de garder les bêtes sur leurs exploitations: «il faut pouvoir tenir le coup financièrement» ponctue Joël, conscient des économies de foin réalisées quand ses troupeaux sont en estive et la plus-value apportée à la viande. Il ne veut même pas entendre parler des indemnisations: «on ne fait pas ce métier pour toucher des compensations»

De plus, les éleveurs sont à présent regroupés en groupements pastoraux, permettant ainsi en mutualisant les ressources de réaliser des travaux sur les estives (réfection des cabanes, achat de matériel de contention, etc.), d’engager un berger… Mais pour réaliser ces opérations il faut souvent faire appel aux prêts bancaires.

Dans la situation actuelle, avec un taux de chargement sur les estives qui dégringole chaque année (les éleveurs ne veulent plus transhumer ou font monter moins de bêtes) et les incertitudes qui planent sur la durée de ces pratiques ancestrales, les banques hésitent à accorder des prêts.

«On n’arrive même plus à trouver des bergers pour garder les troupeaux à cause de la présence de l’ours sur nos estives» précise Gérard Dubuc, maire de Saint Lary, facilitateur de cette battue d’effarouchement sur sa commune.

Une battue d’effarouchement, dernier baroud d’honneur des éleveurs
La veille, Augustin Bonrepaux, président du Conseil général, dont on connaît la position vis-à-vis de cette problématique avait organisé une conférence de presse entouré de Frédérique Massat, présidente de l’ANEM (association des élus de la montagne), en présence des conseillers généraux concernés (Christine Téqui et Robert Zonch) et de la fédération pastorale. Selon lui la situation dans le Couserans était «insoutenable»

Conscients du caractère illégal de cette battue d’effarouchement (seuls les agents de l’ONFS sont habilités à les conduire après décision préfectorale), une soixantaine d’éleveurs et presque autant de sympathisants se sont retrouvés ce fameux samedi 27 juillet avec cornes, pétards et trompettes sur les estives de Barastet et d’Estremaille, deux estives à problèmes de la région de Saint Lary.

«Nous avions invité les services de l’Etat à y assister mais ils ne sont pas venus» poursuit Gérard Dubuc qui a pourtant relevé la présence discrète de gendarmes au village et des Renseignements Généraux. «Pour autant, cette manifestation a eu les effets escomptés au regard du relai médiatique. L’Etat s’en est inquiété et on nous a proposé une rencontre qui a eu lieu mercredi dernier, le 7 août à la préfecture de Foix»

En effet deux émissaires du ministre de l’Environnement (Michel Perret, chef de bureau faune et flore sauvage et Raymond Cointe, conseiller spécial auprès du ministre de l’Ecologie Philippe Martin) et un du ministère de l’Agriculture (Roger Jumel, chef de bureau faune et diversité) ont rencontré au cours d’une table ronde organisée par Nathalie Marthien, nouveau Préfet de l’Ariège, Augustin Bonrepaux, les parlementaires ariégeois, les représentants du monde agricole, les chasseurs, le PNR, la Fédération pastorale…

«Ils étaient là pour écouter, ils ont entendu le même discours quels que soient les intervenants, nous leur avons demandé le retrait pur et simple des ours car aucune commune de l’Ariège n’a jamais été candidate à cette opération» commente le maire de Saint Lary, présent lors de cette réunion. Augustin Bonrepaux a même suggéré qu’on les reconduise sur les deux communes haut-garonnaises qui les ont acceptés à l’époque, Melles et Arbas.

Aujourd’hui l’attente des éleveurs est forte: «on ne nous a rien promis mais ils savent ce que nous demandons» explique Joël qui attend de pouvoir à nouveau travailler sans la peur au ventre: «on ne sait jamais ce qui nous attend là-haut. Quand j’ai choisi de m’installer en 1981 je ne m’attendais pas à ça… oui l’ours a un effet dissuasif sur les jeunes, je sais que mon fils ne fera pas ce métier et je suis heureux, presque soulagé, qu’il ait pris cette décision»

Selon lui, cette battue d’effarouchement aura permis de se faire entendre. Il est prêt à recommencer s’il le faut car «il est temps d’apporter une solution efficace»


Une rencontre élargie aux représentants du collectif Cap Ours

Dans un second temps, les représentants de l’Etat en visite dans le département de l’Ariège le 7 août ont rencontré les associations de défense qui depuis plusieurs mois militent en faveur de l’accélération des réintroductions en faisant circuler des pétitions sur Internet.

Alain Reynes (Pays de l’Ours-Adet), Patrick Pappola (Férus) et Jean-Pierre Delorme (Comité Ecologique Ariégeois) en ont profité pour lancer un appel à l’Etat, pour qu’«il sorte du flou et assume ses obligations légales pour la préservation de cette espèce protégée»
16/08/2013 - 18:15 | Lu: 18473 fois